Portrait d’un médecin généraliste

Le média Concours Pluripro met à l’honneur le Dr Étienne Deslandes, médecin généraliste du territoire, pour son engagement et son investissement auprès des patients.

Portrait

« Il faut aller du médecin vers l’équipe » : rencontre avec Étienne Deslandes, généraliste au pôle de santé Haute
Combraille.
Ce médecin, engagé dans une MSP et acteur reconnu des dynamiques territoriales, appartient à cette génération de
soignants pour qui l’exercice médical ne peut plus se penser seul. Tout son parcours est guidé par une même boussole :
le goût du travail en équipe, la coordination et une vision profondément humaine du soin.
Auteur : Rouja Lazarova
Article publié dans Concours Pluripro, février 2026

« On peut sortir de la relation médecin-patient pour aller vers l’équipe. » Cette phrase d’Étienne Deslandes résume, à elle
seule, le fil rouge de son parcours. De la région parisienne aux volcans d’Auvergne, son itinéraire professionnel s’est
construit au gré des rencontres, des projets collectifs et d’une conviction forte : la qualité du soin repose autant sur le
professionnalisme que sur l’organisation et les relations humaines. Il incarne une génération de soignants pour qui la
coopération n’est pas un slogan mais une pratique quotidienne.

Né en 1984 en région parisienne, Étienne Deslandes grandit dans un environnement familier du monde de la santé : sa
mère est pharmacienne, son grand-père médecin de campagne. Pourtant, son premier rêve est ailleurs. « J’ai longtemps
voulu être vétérinaire. » À 18 ans, le choix bascule : ce sera la médecine, le soin apporté aux humains. Après des études à
Paris, il choisit l’internat de médecine générale à Lyon, davantage par envie de découvrir une autre ville que par stratégie
de carrière. La spécialité, en revanche, s’impose comme une évidence : « J’avais peur d’être frustré en m’occupant d’un
seul organe ou d’une seule spécialité. La médecine générale permet une prise en charge globale du patient. »

Au cours de son dernier stage d’internat, en 2012, à Ambérieu-en-Bugey, il fait une découverte décisive : l’exercice en
maison de santé pluriprofessionnelle. « J’y ai découvert un nouveau mode de travail, qui m’a énormément plu
d’emblée. » Il y observe des pratiques inédites pour lui : des staffs réguliers, des échanges permanents, des demandes de
conseils mais aussi une vraie organisation pluriprofessionnelle, avec des protocoles et des actions de prévention. Il réalise
des immersions auprès d’autres professionnels – infirmière, pédicure-podologue, pharmacien – qui renforcent encore
cette conviction : comprendre le quotidien de chacun change la manière de travailler ensemble. « On était dans une prise
en charge beaucoup plus globale, avec une vraie réflexion d’équipe. » Et au-delà de l’organisation, la maison de santé offre
une ambiance humaine forte. « Je pense que l’humain joue beaucoup, le fait de se sentir à l’aise avec des collègues, avec
qui on a une relation de travail mais aussi, parfois, d’amitié. »

Focus

Bio express
2012 : internat de médecine à Lyon
2015-2018 : médecin généraliste en MSP à Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain
2019-2025 : président de la CPTS Haute Combraille et Volcans
Depuis 2020 : médecin généraliste au pôle de santé Haute Combraille à Pontaumur
Depuis 2023 : membre du conseil d’administration d’AVEC santé et coprésident de la FemasAura&Co

S’ancrer dans les territoires

Après l’internat, Étienne Deslandes effectue des remplacements dans des cabinets isolés. Ces expériences confirment
son intuition : « Je préférais largement travailler en équipe. » Il s’installe à Ambérieu-en-Bugey en 2015, au sein de la
maison de santé qu’il connaît déjà, et s’investit dans plusieurs projets collectifs, notamment autour de l’iatrogénie, en
binôme avec les pharmaciens. Réunions pluriprofessionnelles, temps d’échange, choix des thématiques communes : le
travail collectif devient son quotidien.
Pour des raisons personnelles, il quitte toutefois la région lyonnaise et rejoint l’Auvergne fin 2018, avec l’envie de
retrouver une maison de santé. « Je voulais absolument rejoindre une MSP ou participer à un projet de création d’une
structure. » Il s’installe au pôle de santé Haute Combraille, une structure multisite, répartie sur trois villages, sur un
territoire rural. Une nouvelle configuration, une autre manière d’exercer : « J’ai découvert une patientèle plus rurale, avec
des problématiques très différentes. » Avant même son installation définitive, il s’investit dans la construction d’une
communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). Il rencontre les professionnels, réalise le diagnostic du
territoire et rédige le projet de santé. La CPTS Haute Combraille et Volcans voit le jour en 2019, autour d’un enjeu
fédérateur : améliorer les retours d’hospitalisation. « C’était une problématique très transverse, qui parlait à tout le
monde. »
Dans un territoire vieillissant, marqué par l’isolement et les difficultés de mobilité, la coordination devient essentielle. « Il
faut anticiper les aides à domicile, le passage des infirmières, du kiné, prévenir la pharmacie, organiser le suivi
médical. » Une coordinatrice de parcours est recrutée pour faire le lien avec l’hôpital. En quelques années, environ 1 000
retours d’hospitalisation sont accompagnés, sur un territoire de moins de 20 000 habitants. « C’est une grosse activité. » La
crise sanitaire viendra renforcer encore l’utilité de cette organisation : centres Covid, centres de vaccination, coopération
accélérée. Étienne Deslandes présidera la CPTS pendant six ans, jusqu’en mai 2025, tout en poursuivant son activité
clinique.

Penser la santé autrement

Au sein du pôle de santé Haute Combraille, le travail collectif continue de se structurer. Les médecins mettent en place
des protocoles avec les infirmières et les pharmaciens sur les plaies, les morsures de tique, les cystites après 65 ans. Ils
œuvrent à l’implication progressive des usagers. « Impliquer les patients, ce n’est pas naturel pour nous, les médecins.
Nous n’y avons pas été formés« , reconnaît-il. Pourtant, l’expérience s’avère féconde. Un premier questionnaire révèle
que les patients connaissent peu le fonctionnement de la MSP et qu’une information là-dessus serait opportune. « Ils
nous ont posé beaucoup de questions sur les étudiants en médecine qui viennent exercer chez nous. Nous avons fait une
sensibilisation sur l’accueil des internes. » Aujourd’hui, un petit groupe de quatre ou cinq usagers s’implique vraiment
dans la vie de la MSP et apporte un autre regard.

Mon implication vient du fait que je suis un professionnel de terrain. Je sais comment ça se passe

En parallèle, Étienne Deslandes s’engage au niveau régional. Facilitateur, puis membre du bureau de la Fédération des
maisons de santé et de l’exercice coordonné en Auvergne Rhône-Alpes (FemasAura&Co), il en est aujourd’hui le
coprésident. Il est également administrateur d’AVEC santé, la fédération nationale des maisons de santé. Une continuité
logique : « Mon implication vient du fait que je suis un professionnel de terrain. Je sais comment ça se passe
concrètement. » Au terme « pluriprofessionnel », il préfère celui d' »interprofessionnel« , dont il défend une vision
exigeante : « Il ne s’agit pas de professionnels qui travaillent les uns à côté des autres, mais d’une vraie équipe
coordonnée. » Cette vision suppose des transformations profondes : délégation, confiance, nouveaux métiers, nouveaux
modèles économiques. « Aujourd’hui, le système est trop centré sur l’acte. Il ne favorise pas la coopération. » Il plaide
pour « aller du médecin vers l’équipe », laisser au collectif la liberté d’organiser les parcours, selon les réalités locales,
de « donner aux équipes les moyens de faire, et leur faire confiance ».

Derrière son engagement, il y a aussi un choix de vie. Père de trois filles, marié à une chirurgienne, Étienne Deslandes
revendique un équilibre entre travail et vie personnelle. « Je fais partie d’une génération qui ne veut pas se sacrifier,
comme avant. D’où l’importance de la coordination. La MSP permet de mieux prendre en charge les patients, mais elle
préserve aussi la santé des professionnels. » En Auvergne, il profite de la nature, de la course à pied, de la beauté des
volcans. « Quand on vit ici, on a envie de sortir, de passer du temps dehors. » Sociable, attaché au collectif, convaincu que
la qualité des soins passe par la qualité des liens, il incarne une médecine en transition. Une médecine qui ne se contente
plus de répondre à l’urgence mais qui cherche à construire, patiemment, un système plus coordonné, plus humain et
plus durable.

https://www.concourspluripro.fr/

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